L’INVISIBILITÉ SOCIALE : UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE RAPPORT 2016

Utilité de l’invisibilité sociale pour renouveler la compréhension des faits sociaux

En mettant l’accent sur la question du regard ou de l’attention portés sur les membres d’un corps social, les démarches scientifiques qui analysent les situations « d’invisibilité sociale » comme un caractère permanent de toute société vivante et organisée apportent une valeur ajoutée manifeste à l’analyse des faits sociaux contemporains. Elle tient notamment au caractère pluridisciplinaire des approches qualifiant cette invisibilité, mettant l’accent sur les relations entre les groupes et les personnes et leurs effets dynamiques. Sans prétendre résumer ce qui précède (voir tableau p. 41), on retiendra particulièrement trois enseignements des démarches visant à caractériser l’invisibilité sociale et ses conséquences concrètes pour les liens sociaux.

Le premier touche les sciences sociales. En posant l’invisibilité d’une partie des phénomènes sociaux, qu’il s’agisse de groupes ou de situations, comme une donnée permanente de l’analyse sociale, l’incomplétude de celle-ci est reconnue comme principe, et la prétention d’un champ disciplinaire particulier ou d’une approche d’analyse à un moment donné à se vouloir décisive, se trouve relativisée. En même temps, cette invisibilité constitue un défi à relever. En essayant de la réduire partiellement, en identifiant les phénomènes où elle semble peser de tout son poids, on se trouve stimulé, orienté vers la découverte de « nouvelles réalités sociales ». L’invisibilité sociale incite à la coopération entre les champs disciplinaires et aiguille vers ce que la recherche doit tenter d’élucider pour comprendre des phénomènes émergents mais cachés.

La notion d’invisibilité sociale peut aussi, sous certaines conditions, permettre de faire rentrer dans le champ de l’action sociale l’expérience quotidienne, subjective, des citoyens, qu’ils soient victimes involontaires ou acteurs délibérés d’une occultation de situations sociales qui relèveraient spontanément, dans nos sociétés où l’action sociale est très développée, d’une forme institutionnelle ou volontaire de solidarité. Cela tient à ce que les catégories de l’invisibilité sociale ont pu être définies sous des angles divers. Sous l’angle « social », ou intersubjectif, on parle bien du vécu et du ressenti de personnes individuelles, dans leurs relations avec d’autres personnes ou avec des institutions. Une meilleure connaissance de l’invisibilité sociale par les citoyens en général, pas seulement ceux qui sont en charge

fonctionnelle de faire vivre le lien social, serait de nature à faire prendre conscience non seulement des souffrances qui résultent d’un déni de reconnaissance, mais aussi des potentialités rendues invisibles par ce déni.

Une troisième richesse de la démarche qui met en relief une invisibilité sociale revient à offrir une prise directe à l’action politique au sens le plus général et pas seulement à l’action sociale. Lorsqu’une situation d’invisibilité est mise au jour (il faudra alors parler d’invisibilité médiatique ou politique et pas seulement sociale ou intersubjective), il y a le risque potentiel d’une mauvaise représentation publique dans le double sens du terme « représentation » : incorrecte compréhension d’un problème ou d’un malaise social et participation insuffisante à la délibération publique sur les enjeux sociaux.

Les implications de l’invisibilité sociale pour la compréhension de la pauvreté et de l’exclusion sociale

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