L’INVISIBILITÉ SOCIALE : UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE RAPPORT 2016

La géographie de la pauvreté invisible et son appropriation politique

La surprise provient ici de ce que les partis politiques, se désintéressant largement des catégories et enjeux spécifiques identifiés notamment en sociologie, ont préféré se saisir d’une interprétation géographique de l’invisibilité sociale. L’ouvrage de Christophe Guilluy, intitulé Fractures françaises (2010)20, dédié à la mise en exergue d’un déplacement géographique de la pauvreté depuis les métropoles vers le périurbain et le rural, leur a ainsi offert l’opportunité d’une interprétation de l’invisibilité superposée à une lecture du vote politique, susceptible notamment d’éclairer la montée du Front national depuis le début des années 2000 et ainsi de fournir des éléments de discours apparemment pertinents pour tenter de récupérer les voix concernées.
Ce n’est pas la première fois que la géographie sociale et la sphère politique sont interconnectées. On trouve un lien similaire aux États-Unis, d’abord dans les années 1960 puis dans les années 2010. Soit des références dont nous allons voir qu’elles peuvent largement contribuer à éclairer la situation française en la matière. Car les interprétations de cette nouvelle géographie de la pauvreté diffèrent et elles constituent aujourd’hui en France un enjeu politique important. Dans un tel contexte, l’exemple américain et le rapport extrêmement pragmatique entretenu vis-à-vis de cette géographie sociale peut faciliter la production d’une image plus neutre de ces enjeux côté
français.
La géographie sociale aux États-Unis, une leçon pour la France ?
En géographie sociale, la notion de « pauvreté invisible » est apparue aux États-Unis au début des années 1960 dans le cadre d’une grande étude consistant à démontrer d’un côté la concentration croissante de la pauvreté dans des taudis des centres-villes (inner cities) et de l’autre, au contraire, la dispersion de la pauvreté dans les espaces ruraux (Harrington, 1962)21. Comment ces mouvements de concentration et de dispersion se sont-ils trouvés associés à la notion d’invisibilité ? D’abord, la concentration des pauvres dans certains quartiers des centres-villes aurait pu contribuer à les rendre plus visibles, si elle n’avait aussi donné lieu à un isolement croissant de ces populations par rapport à celles des autres quartiers et notamment les classes moyennes dont la majorité se trouvait alors installée dans les banlieues résidentielles (suburbs). Le premier facteur d’invisibilité est ici l’isolement social,
tandis que le second réside paradoxalement dans la hausse générale du niveau de vie des Américains, celui-ci ayant eu pour effet de permettre même aux plus pauvres de se vêtir de façon relativement similaire au reste de la société : « les vêtements aussi rendent les pauvres invisibles (…), il est beaucoup plus facile aux États-Unis d’être décemment vêtu que d’être décemment logé, nourri ou soigné »22. De sorte que la principale raison pour laquelle les pauvres seraient devenus invisibles résiderait dans la diminution, justement de
20. Voir également Christophe Guilluy (2014a).
21. Voir le compte-rendu dans le New Yorker qui a rendu célèbre cet ouvrage et contribué à lancer la « Guerre contre
la pauvreté » (War on Poverty) initiée par Lyndon Johnson (Macdonald, 1963).
22. Macdonald, op. cit.

la pauvreté : en 1936, les deux tiers des Américains se trouvaient sous le seuil de pauvreté, tandis qu’en 1963 ils sont devenus une minorité.

Les minorités seraient par nature invisibles, dès lors qu’elles ne sont pas organisées : « aujourd’hui, les pauvres sont une minorité, or les minorités peuvent être ignorées si elles sont tellement hétérogènes qu’elles ne peuvent pas s’organiser »23. D’autres facteurs d’invisibilisation se trouvent aussi identifiés par Harrington. À commencer par l’âge des personnes concernées, les moins de 18 ans et les plus de 65 ans ayant « le mauvais âge pour être vus ». Ainsi que, et surtout, leur absence de représentation et de participation à la vie politique : « Les pauvres sont politiquement invisibles. Ils ne disposent pas de lobbies ; ils ne mettent en avant aucun programme législatif. En tant que groupe, ils sont atomisés. Ils n’ont pas de visage ; ils n’ont pas de voix ». On trouve enfin un facteur d’invisibilisation dans les migrations permanentes des travailleurs peu qualifiés qui parcourent le pays d’un emploi à l’autre, que ce soit dans le tourisme, les services ou encore le travail agricole. Les pauvres qui ne possèdent pas d’adresse régulière se trouvent, de fait, en situation d’invisibilité aux yeux des institutions. L’ouvrage de Harrington et les nombreuses réactions qu’il a suscitées à sa sortie seraient, selon les historiens, responsables de la « Guerre contre la pauvreté » initiée par le Président Lyndon Johnson en 1964 (Isserman, 2000).

Cinquante ans après la sortie du livre de Harrington, le thème de la pauvreté invisible se trouve de nouveau mis en avant par la recherche en géographie sociale. Il est même au cœur d’un débat politique opposant les libéraux et les conservateurs, débat qui s’ancre dans les thèses de Stanley Kurtz (2012)24, d’un côté, et de deux chercheurs de la très libérale Brookings Institution de l’autre (Berube et Kneebone, 2014). Ces trois chercheurs convergent vers une analyse attestant d’un déplacement de la pauvreté depuis les centres-villes métropolitains vers les banlieues et le rural, mais se distinguent par les leçons qu’ils dégagent de cette évolution. Kurtz s’appuie sur ce constat pour critiquer les politiques sociales du Président Obama en matière notamment de logement. Il s’attaque justement aux mesures mises en place à la suite des travaux d’Alan Berube et Elizabeth Kneebone.

Dans leur livre, ces deux chercheurs démontrent que la pauvreté périurbaine et rurale a dépassé en nombre celle des métropoles en 2001 et évoquent à ce titre « la pauvreté invisible des banlieues résidentielles » (Tighe, 2013). Cette évolution repose sur la migration des ménages les plus pauvres – notamment des minorités ethniques – depuis les métropoles vers les banlieues. Ce déplacement a d’ailleurs occasionné de nouvelles formes de concentration de la pauvreté et des minorités ethniques dans le périurbain. Et, depuis 2001, cette tendance n’a fait que se renforcer, de sorte qu’elle pose la question de l’adaptation de l’organisation des politiques sociales à la nouvelle géographie de la pauvreté.

Kneebone et Berube recommandent de repenser en profondeur l’organisation géographique des politiques sociales par l’implantation d’un pilotage fédéral plutôt que local. Il s’agit de s’assurer qu’en dépit de leur éloignement des points d’accès aux différentes formes existantes d’accompagnement, les pauvres du périurbain et du rural peuvent accéder facilement aux aides auxquels ils ont droit ainsi qu’aux opportunités présentes dans les
23. Idem.
24. Stanley Kurtz travaille pour le think tank conservateur Ethics and Public Policy Center (EPPC), à Washington.

métropoles, notamment en matière de formation et d’emploi. Les mesures doivent aussi permettre de lutter plus efficacement contre le non-recours aux aides – un phénomène déjà bien identifié côté français et ayant donné lieu à de nombreux travaux (Warin, 2012 et 2015 ; Chauveaud, 2013 ; Revil, 2014). À ce titre, les deux auteurs proposent la création d’un système d’interlocuteurs uniques pour les personnes accompagnées, afin que chacun n’ait à « raconter son histoire qu’une seule fois ».
Les travaux de la Brookings Institution sont associés à une réforme de la politique du logement initiée par Barack Obama en 2013 et finalisée au cours de l’été 2015 avec l’Affirmetively Furthering Fair Housing Rule (AFFH). Cette nouvelle loi octroie des pouvoirs importants au gouvernement fédéral en matière de politique du logement. Dorénavant, les gouvernements fédéraux pourront imposer une certaine mixité sociale et ethnique dans les quartiers périurbains via des opérations de densification, sans avoir à négocier l’accord des autorités locales. Ils disposent d’une capacité renouvelée à organiser non seulement le logement, mais aussi les écoles, les transports et l’implantation des entreprises.

Cette loi qui concrétise en bonne partie les recommandations du Brookings Institute a été largement critiquée par les conservateurs, qui y voient une tentative de Barack Obama de mettre fin au rêve américain de l’émancipation par l’accès au style de vie dorénavant traditionnel des suburbs. Ceux-ci s’en prennent surtout à l’assimilation de la concentration de la pauvreté à celle des minorités ethniques et affirment que « le fait de ne pas avoir les moyens de s’offrir une petite maison dans telle banlieue résidentielle ne constitue en aucune façon une preuve de discrimination raciale » (Kurtz, 2015). De façon plus générale, ils considèrent que ce type de mesures revient en réalité à traiter les problèmes des métropoles avec les ressources des contribuables, habitants des banlieues résidentielles. Autrement dit, la politique d’Obama consisterait à traiter les problèmes métropolitains au détriment de ceux des habitants des suburbs25. Soit un raisonnement proche de celui tenu, côté français, par le géographe Christophe Guilluy (2014a), qui reproche aux représentants politiques de n’avoir pas pris la mesure d’un déplacement de la pauvreté depuis les métropoles vers ce qu’il nomme « La France périphérique ».

La pauvreté croissante du périurbain et du rural
Christophe Guilluy identifie l’invisibilité sociale comme le croisement de deux processus : la disparition médiatique, culturelle et politique des classes populaires et, dans le même temps, la très forte progression de ces catégories depuis une trentaine d’années. Cette disparition serait la conséquence d’un mouvement migratoire des classes populaires depuis les métropoles vers le périurbain, les petites villes et le rural, un mouvement de déconcentration et de diffusion ayant eu pour effet de rendre invisible ce groupe social et ses difficultés objectives. Les ouvriers, les employés, les jeunes et les retraités issus de ces catégories constitueraient désormais les nouvelles classes populaires, que Guilluy a réunies sous l’appellation de « France périphérique », et qui représenteraient 60 % de la population.
25. Pour un résumé en français de l’ensemble des débats états-uniens animant les chercheurs en géographie sociale, voir : Cynthia Ghorra-Gobin, 2015.

En dépit de ce poids considérable, elle demeurerait invisible aux yeux des élites dirigeantes. Pourquoi une telle invisibilité ?
L’invisibilité sociale reposerait sur la polarisation croissante entre la richesse des métropoles (et la concentration des élites) et la pauvreté de la France périphérique (et l’éloignement des élites). Après Les exclus de René Lenoir (1974) présentés comme « les oubliés des Trente Glorieuses », Guilluy soutient avoir identifié « les oubliés de la mondialisation ». Leur invisibilité sociale se trouverait d’abord conditionnée par le maintien de l’illusion d’une « classe moyenne » alors que, selon Guilluy (2011), « c’est l’émergence des nouvelles classes populaires qui dessine une nouvelle géographie sociale ». Les pauvres déjà connus seraient rejoints par l’ensemble de ces classes moyennes dont le niveau de vie a progressivement décroché depuis une trentaine d’années. L’invisibilité de ces couches populaires évacuerait l’idée même de conflits sociaux, produisant l’image en trompe-l’œil (skiagraphia) d’une classe moyenne majoritaire et bénéficiaire de la mondialisation. Enfin, cette disparition des couches populaires aurait lieu au profit des populations des quartiers sensibles à forte concentration ethnique, lesquelles seraient aujourd’hui porteuses d’une influence médiatique, culturelle et idéologique considérable, alors que ces quartiers ne représenteraient que 7 % de la population nationale.
Sur la base de ses travaux, Guilluy revendique explicitement la volonté de « rendre visible la France des invisibles » (Guilluy, 2014b). Il assimile la tendance croissante au vote pour le Front national à la persistance, justement, de cette invisibilité. Selon lui, les classes populaires de la France périphérique ne se trouvent pas dans une logique de repli mais dans une demande de protection dont la non-satisfaction les conduit au repli. Le (non-)traitement qui leur est réservé contrasterait avec l’attention accordée aux habitants des banlieues métropolitaines. Ceci expliquerait pourquoi, lors des élections présidentielles de 2007, les couches populaires des banlieues ont massivement voté pour le candidat socialiste alors que celles des espaces périurbains et ruraux se sont reportées sur des candidats de droite et d’extrême droite. On assisterait en fait à une fracture croissante entre le traitement culturel des pauvres des banlieues – en accord avec les principes multiculturels de la mondialisation – et l’absence de traitement social des pauvres invisibles.

On constaterait alors une scission culturelle qui aurait pour effet de rendre invisible une partie de la population française aux yeux des élites dirigeantes et du reste de la population. La notion de « séparatisme culturel » marque ainsi le passage d’une approche scientifique à une approche « critique » (Cohen, 2014). La position de Guilluy donne alors lieu à deux types de réaction : des répliques portées par des scientifiques et des tentatives d’appropriation politique de ses thèses.

Parmi les critiques scientifiques adressées à Guilluy, deux peuvent contribuer à affiner la notion d’invisibilité en géographie sociale. Éric Charmes, d’abord, lui reproche de négliger les processus de spécialisation sociale du périurbain, tandis que Laurent Davezies souligne l’absence de prise en compte dans ses travaux des effets redistributifs de l’économie résidentielle sur les territoires dits de la « France périphérique ».
Selon Éric Charmes (2011 et 2014), l’opposition entre les métropoles et les territoires périphériques doit être nuancée : il y a aussi des pauvres dans les métropoles (centres-villes, banlieues), et il y a aussi des catégories populaires avec un niveau de vie décent

dans le périurbain et le rural. Les dernières analyses de l’INSEE confirment clairement ces nuances et appellent à une objectivation plus fine des processus de migration résidentielle affectant les catégories populaires (INSEE, 2014c et 2015b). Tout d’abord, les grandes aires urbaines françaises restent bien le lieu où l’on trouve la plus forte concentration de pauvreté et de difficultés sociales. L’étude de l’INSEE montre que, dans les villes centre, le revenu annuel moyen des 10 % des ménages les plus modestes est de 4 400 euros par unité de consommation, alors qu’il est de 7 000 euros dans les communes isolées hors des pôles, autrement dit loin des métropoles. Une étude encore plus récente, basée sur un nouveau dispositif d’observation du revenu disponible à l’échelle des communes (le Fichier localisé social et fiscal, Filosofi), montre que le taux de pauvreté est plus élevé dans les villes centre des grandes aires urbaines (20 % en moyenne) que dans les communes isolées hors de l’influence des villes (17 % en moyenne). Considérant par ailleurs les taux de chômage très élevés des zones urbaines sensibles (24,2 % en moyenne en 2012) ainsi que les multiples discriminations subies par leurs habitants, on peut estimer que Guilluy sous-estime fortement la nature et l’ampleur des difficultés rencontrées par les habitants des banlieues.

Charmes considère par ailleurs que les territoires périurbains sont loin d’être les lieux de relégation décrits par Guilluy. Même lorsque joue la contrainte financière, l’installation en pavillon peut être valorisante. Car selon la sociologue Violaine Girard (2013), l’installation dans le périurbain peut être « porteuse de nombreuses sources d’estime sociale pour les accédants ouvriers », du fait notamment d’une « sociabilité associative jouant un grand rôle dans la valorisation de leur statut social et résidentiel ». Bref, résume Éric Charmes, « il y a une vie hors des métropoles, et cette vie peut être heureuse ».

De son côté, Laurent Davezies souligne l’importance des mutations socio-économiques des territoires et leurs effets à long terme. Il ne faut pas négliger les mécanismes de redistribution sur l’ensemble du territoire national : 1) via les budgets publics et sociaux (emplois publics, prestations sociales) ; 2) via la redistribution partielle des revenus dans l’économie résidentielle (résidences secondaires, mobilité géographique des retraités). La lutte contre
la pauvreté invisible doit alors reposer sur la mise en synergie de l’économie productive (métropolitaine) et de l’économie résidentielle (périurbaine et rurale) en « connectant » les habitants des zones résidentielles aux services et aux opportunités professionnelles des métropoles (Davezies, 2012 ; Davezies et Pech, 2014).
Au-delà de ces critiques, les travaux de Christophe Guilluy ont donné lieu à diverses tentatives d’appropriation politique que Philippe Cohen s’est employé à reconstituer (Cohen, 2014). En 2005 puis en 2012, Guilluy se trouve successivement approché par Dominique de Villepin, Jean-Pierre Chevènement, Henri Emmanuelli, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Lors de l’élection présidentielle de 2012, toutefois, ce sont surtout Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui semblent s’inspirer le plus directement de ses thèses. Le retour à la notion d’invisibilité fait d’ailleurs l’objet d’une dispute entre les deux candidats à la présidentielle, chacun ayant placé cette notion au cœur de son premier grand discours électoral26. Citons aussi François
26. Marine Le Pen, meeting à Metz, le 12 décembre 2011 : « Je serai cette présidente des oubliés, cette présidente des invisibles, ces millions de Français dont on ne parle jamais et qu’on piétine alègrement une fois passées les campagnes électorales ! » ; Jean-Luc Mélenchon, meeting à Metz, le 18 janvier : « Vous n’en entendez jamais parler. Ce sont les invisibles. Le peuple toujours est rendu invisible. On parle toujours d’autre chose. »

Bayrou qui, au cours de la même campagne électorale, a annoncé son intention « de voir et d’entendre ceux que personne ne voit, ni n’entend » (Wateau, 2012). C’est ainsi l’ensemble de la sphère politique française qui s’est engagée à représenter « les invisibles », démontrant par-là le double enjeu politique et médiatique entourant cette catégorie de la population.

L’interprétation politique de l’invisibilité sociale se démarque ici des précédentes par le flou associé à cette expression. La vision caricaturale d’une France « à deux vitesses » proposée par Guilluy, en dépit des affinements apportés notamment par Éric Charmes, Laurent Davezies et d’autres, semble avoir servi directement l’appropriation de cet enjeu par les partis politiques. Au lieu d’une vision sociologique de l’invisibilité sociale, les uns comme les autres mobilisent une interprétation large, censée faciliter l’identification des Français aux discours électoraux en question.

Utilité de l’invisibilité sociale pour renouveler la compréhension des faits sociaux

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